Association des Amis du Patrimoine Historique Turbomeca
Association des Amis du Patrimoine Historique Turbomeca

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Activités de l'association

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Les Accords de Vichy

Dimanche 19 mai

Presque toute la France est en grève, les étudiants ont occupé les facultés. De Gaulle déclare « La réforme oui, la chienlit, non ». La France est paralysée.

 

Lundi 20 mai

8 h 00 : M. Martin-Neuville appelle les organisations syndicales et fait la déclaration suivante : « M. Szydlowski veut vous voir avant que vous ne déclenchiez la grève à Turbomeca. M. Szydlowski est à Vichy, il vous propose de venir à Bordes ou que nous venions à Vichy dans les plus brefs délais ».

 

9 h 00 : Assemblée du personnel à l’appel des organisations syndicales. Toute l’usine est là, y compris la Direction. Le personnel mandate les organisations syndicales pour aller voir le Patron à Vichy. M. Martin-Neuville déclare qu’un avion est prêt à décoller à Uzein et attend la délégation. Les organisations syndicales mandatent Gilbert Prat et Henri Serres pour la CFDT, Pierre Bouriat et Henri Pages pour la CGT.

 

10 h 00 : La délégation et M. Martin-Neuville montent dans l’avion, direction Vichy. Tous les contrôles aériens sont en grève et nous partons par mauvais temps sans radio. M. Martin-Neuville sert de navigateur et à l’aide d’une carte, nous suivons notre itinéraire en repérant les voies ferrées ce qui nous oblige à voler dangereusement à basse altitude.

 

12 h 00 : Nous atterrissons à Vichy, toujours sans radio, mais comme ce jour-là nous étions le seul avion, il n’y a pas eu de problème. Devant l’aéroport, M. Szydlowski nous accueille chaleureusement et nous serre la main (la première et la dernière fois). Il a prévu à notre intention un repas au restaurant de l’aéroport et, sans plus attendre, nous invite à prendre place. Nous prenons une consommation apéritive et lui, fait trois « culs secs » de vodka car « ça lui fait du bien à la gorge ». Puis nous choisissons des plats sur la carte, il nous recommande le Charolais qui est extra dans la région. La commande passée, nous attaquons sur le but de notre visite, mais lui veut d’abord parler de la France et de ce que nous pensons des évènements et du pourquoi nous en sommes là. Après plusieurs interventions infructueuses pour en venir aux choses sérieuses, nous prenons la décision avec Gilbert Prat d’écrire sur un coin de table nos revendications pendant que nos camarades de la CGT alimentent M. Szydlowski en considérations politiques sur les raisons de cette révolution populaire.

Dès que le Charolais fut terminé, nous décidons avec Gilbert Prat de prendre le taureau par les cornes et nous lui tendons de l’autre côté de la table notre cahier de revendications et nous lui demandons de signer la première question. Il prend notre papier, se retourne vers M. Martin-Neuville et tout en lisant « suppression de la prime d’assiduité en l’intégrant dans le salaire », lui demande son avis, puis sort son stylo et signe, tout en rendant le cahier à Gilbert Prat par-dessus la table. Il rentre son stylo dans sa veste et repart en politique. Ce scénario s’est répété neuf fois pour les neuf questions du cahier de revendications entre la salade, le fromage, les fruits, le café, le pousse-café et le cigare d’une part et d’autre part la démocratie, les grèves, la France, l’économie, De Gaulle…

Nous devons dire que M. Martin-Neuville nous a bien aidés car le stylo sortait souvent de la poche de M. Szydlowski et y revenait sans apposer de signature. Il nous a fallu deux bonnes heures pour avoir raison de M. Szydlowski car toutes les revendications posées, à part la première, ont fait l’objet d’une forte discussion que les employés du restaurant ont suivi avec attention. Il ne faut pas croire que ce fut facile, mais ce jour-là 20 mai 1968, le Patron était contraint de signer nos revendications et même un peu excédé de notre insistance. Avant de prendre le fromage, il demanda à M. Oppeneau, le pilote, d’aller préparer l’avion et son plan de vol pour que nous ne prenions pas de retard pour le retour ; intention à double sens.

 

16 h 00 : Nous quittons Vichy avec le plus beau cahier de revendications que nous ayons pu obtenir de mémoire de délégué. Le temps n’était pas de la fête, nous sommes revenus à Pau en traversant des nuages d’orage, mais dans l’avion, le moral était au beau fixe.

A Bordes, c’était l’attente de nos camarades, une véritable veillée d’armes. Inutile de préciser qu’il n’y a pas eu de grève à Turbomeca, mais des assemblées générales tant à Bordes qu’à Tarnos car il fallait mettre ces acquis « noir sur blanc ». Le revers de la médaille fut que les quatre délégués de Vichy furent considérés comme des interlocuteurs privilégiés tant de la part du personnel que de la Direction et du Patron. Il nous fallut quelques années pour que ce vedettariat s’estompe.

 

19 ans après ces évènements exceptionnels, il faut garder le souvenir de cette page d’histoire du syndicalisme à Turbomeca qui a contribué à faire avancer le statut social du personnel de l’Entreprise.

 

Un quart de Vichy

Henri Serres (1987)

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